Gens de la lumière

Publié le par Sahih Din

 

 

Au nom d'Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.

Zayd b. Aslam a entendu sont père raconter qu'étant sorti une nuit
avec Umar, ils aperçurent au loin un feu allumé.

- Ce sont probablement, dit Umar, des voyageurs qui se sont arrêtés
en vue de se protéger du froid. Allons voir.

Nous trouvâmes une femme, entourée de marmots gémissant de faim, qui
attisait les flammes sous une marmite.

- Salut à vous, gens de la lumière, leur dit le calife par
antiphrase, pour ne pas utiliser l'expression "gens de feu" et
évoquer ainsi les flammes de l'enfer. Qu'avez-vous?

- La nuit et le froid nous ont contraints à nous arrêter.

- Pourquoi ces enfants geignent-ils?

- Ils n'ont rien mangé.

- Et cette marmite?

- À peine de l'eau qui tiédit pour calmer leur faim. Fasse Dieu, le
jour de la Résurrection, demander des comptes à Umar qui nous laisse
dans un tel état de dénuement.

- Comment aurait-il pu savoir?

- Pour quelle raison a-t-il pris en charge les affaires publiques
s'il se désintéresse du sort des gens?

Umar dit alors à son compagnon:

- Il faut nous en retourner.

À pas pressés, poursuivit Aslam, nous allâmes à la resserre à
provisions d'où le calife sortit un sac de farine et un pot de
graisse qu'il me demanda de charger sur ses épaules. Comme je me
proposais de le porter moi-même, il m'interrompit:

- Au Jugement dernier, est-ce toi qui assumeras le poids de mes
fautes?

Je l'aidai donc à assujettir le sac et, toujours courant, nous
revînmes auprès de la femme devant laquelle il déposa le fardeau. Il
la pria de le laisser faire. Il versa farine et graisse dans la
marmite et se mit à aviver le feu au point que sa barbe, qu'il avait
très fournie, paraissait fumer. Lorsque ce fut prêt, il invita la
mère à nourrir sa couvée et se chargea lui-même de souffler sur
chaque bouchée pour la refroidir. Une fois qu'ils furent rassasiés,
nous repartîmes en laissant le reste des provisions.

- Aslam, me dit-il sur le chemin du retour, j'avais vu en songe que,
sous mon règne, des enfants mouraient de faim. C'est pourquoi j'ai
tenu à aller voir ce qui se passait autour de ce feu.



Extrait de "Les Mille et Une nuits I"
Édition de Jamel Eddine Bencheickh et André Miquel

 

 

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